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Ordre de couler L'EMPEREUR DE LA MEUSE

Par kikicmr • BaB NordEst.fr • Dimanche 10/11/2019 • 1 commentaire  • Lu 358 fois • Version imprimable

  • Currently 5/5

Note : 5/5 (1 note)

     Aujourd'hui, 11 novembre, l'occasion pour BàB Nord-Est de se replonger dans les archives fluviales de la Grande Guerre. Plutôt, pour moi, l'occasion de vous présenter la pièce la plus émouvante de ma collection. Elle nous ramène dans les Ardennes, sur la Meuse, en août 1914.

     Replongeons-nous dans le contexte : 25 août 1914, on est à peine trois semaines après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, le 3, et pourtant, les combats de la Bataille des Frontières, de Mulhouse (Haut-Rhin) à Mons (Belgique) sont déjà terribles : le 22 août reste comme le jour le plus meurtrier de toute l'Histoire de France, avec 27 000 soldats français tués, contre moitié moins d'Allemands. Cette bataille sera perdue par les Français, il faudra attendre la Marne, du 6 au 12 septembre, pour enfin arrêter l'avancée allemande vers Paris, et la repousser sur l'Aisne.

     L'endroit qui nous intéresse, c'est Laifour, un village du département des Ardennes, qui comptait 514 habitants au recensement de 1911. Il se trouve dans la zone entourée en vert sur cet extrait de la Carte itinéraire des Voies navigables de la France accompagnant le  le Guide officiel de la navigation intérieure de 1911 :



Plus précisément, au bout de la flèche verte sur cette même carte agrandie, entre Monthermé et Revin :
 

     Il est traversé par la Meuse canalisée, ou plutôt la branche Nord du canal de l'Est ; on y trouve l'écluse n°47, au bout d'une dérivation de 350 mètres, qui permet de franchir le barrage à aiguilles qui coupe la rivière. Il y a deux ponts qui traversent la Meuse dans ce village, un pont-rail et un pont-route ; immédiatement à l'aval, c'est le site merveilleux des Dames de Meuse, le massif ardennais qui vient se jeter dans le fleuve :
 

 

     En voici une description par Théophile Gautier (1811-1872), d'après Cartographie littéraire de la France :
 
« et enfin la Meuse vient baigner les pieds des Dames de Meuse. C'est un des endroits les plus pittoresques que présente le cours du fleuve. Les collines des rives se sont escarpées en montagnes revêtues d'arbres de la base au sommet, entre lesquelles l'eau se creuse son lit profond. Parmi les arbres se montrent çà et là des blocs de rochers, taches grises sur ce rideau de noire verdure que réfléchit, dans son miroir sombre, le courant du fleuve. La fraîcheur et l'ombre donnent à la végétation des rives une force singulière. Les Dames de Meuse s'élèvent à une grande hauteur par une pente abrupte, et leurs cimes mamelonnées se détachaient ce jour-là en vigueur sur un ciel d'un bleu léger d'une grande finesse, qui faisait valoir leurs robustes masses.

Le site est sauvage, mais non sans grâce. Il y a de la douceur dans ces courbes de montagnes veloutées de feuillages. Au pied des Dames de Meuse il existe un barrage qu'on peut suivre jusqu'à une plate-forme située à peu près au milieu du courant et d'où l'on voit l'eau sur une ligne demi-circulaire former une chute d'une beauté merveilleuse.
»

     Mais assez rêvé, revenons-en à la Première Guerre mondiale. Je vous parlais de "pièce la plus émouvante de ma collection" au début de l'article, à l'occasion de ce 11 novembre, mais en réalité, il y en a deux, que j'ai trouvées assemblées.

     D'abord, une grande photo. Pliée, déchirée, ni localisée, ni datée, mais une belle photo, avec une mignole, un bateau typique de la Meuse, et la famille de mariniers qui pose dessus, à l'avant : le père, la mère, la fille, le fils. Le bateau est amarré dans un chenal, écoirré pour rester éloigné du bord. Le mât est dressé, et quel beau nez cet ardennais, cette mignole au nez blanc, un nez relevé avec ses ferrures :




     Peut-être l'arrière-plan peut-il aider à localiser l'endroit où cet photo a été prise : la maison, la colline au loin... Mais pour identifier la mignole, là, malheureusement, aucun indice : pas de devise, pas de matricule visibles. Mais le petit bout de papier qui accompagnait cette photo quand je l'ai achetée nous donne un nom. Et pas que. C'est ce petit bout de papier tout plié, tout taché, qui rend l'ensemble si émouvant : c'est l'ordre de couler le bateau !




Ordre

Ordre est donné à Rémy Édouard de couler le bateau "L'EMPEREUR DE LA MEUSE" à 10 mètres de la rive gauche.

Laifour, le 25 août 1914.
Le commandant du poste de Laifour, Lt Moisy.

Ordre au même Rémy d'avoir à détruire son bateau.

Laifour le 25 août 1914, Lt Moisy.


 
     Comment interpréter ces deux vieux papiers ? Le marinier Édouard Rémy doit détruire son bateau et aussi L'EMPEREUR DE LA MEUSE. L'EMPEREUR DE LA MEUSE, c'est une devise qui va bien à une mignole, bateau typique de cette rivière, alors est-ce le bateau de la photo ? A qui appartient L'EMPEREUR DE LA MEUSE ? Quel est le nom du bateau d'Édouard Rémy ? Autant de questions qui n'auront peut-être jamais de réponse, mais est-ce grave, finalement ? Quand on rapproche cette photo d'une famille heureuse posant sur sa belle mignole, et cet ordre de couler son bateau, on imagine ce que ressent le marinier à qui l'autorité militaire impose de détruire son outil de travail et sa maison ! C'est ce qui rend ces documents si émouvants, ensemble.

     Quant à savoir pourquoi couler des bateaux, là, on peut émettre une hypothèse en se basant sur les faits historiques : on est fin août 1914, on vient de perdre la bataille des Ardennes et l'armée allemande avance inexorablement, les français veulent probablement éviter qu'elle ne puisse saisir et se servir des bateaux qu'elle trouverait sur son passage, pour le transport de matériel par exemple.


Commentaires

Laifour : destruction de bateaux par lougabier le Mardi 12/11/2019 à 00:33

 
Merci pour ce partage de circonstance.

Effectivement Laifour est stratégique pour le transport : voie d'eau, voie ferrée et route.

 
 

Sur l'ordre il est indiqué que l'Empreur de la Meuse doit être coulé et que le bateau de Rémy Edouard doit être détruit. Je ne sais pas faire la différence...
Coulé ou détruit, la famille va se retrouver sans ressource et sans logement...



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